Il est pratiquement impossible de se ballader dans Kaboul sans voir les photos d'Ahmad Shah Massoud, aussi surnommé le "lion du Panshir". Un rond-point lui a même été dédié sur la route vers l'aéroport (une sorte de colonne vendôme assez laide faite de marbre rouge et surmontée d'un globe). Il a aussi été fait "héros national". Mais cette omniprésence est trompeuse et cache des sentiments partagés sur l'homme et ce qu'il a accompli. Personne bien sûr ne trouve à redire sur le rôle fondamental qu'il a joué dans la lutte contre les envahisseurs soviétiques et la victoire des moudjahidine (dûment célébrée en ce 28 avril par un défilé militaire). S'il reste vénéré dans le Panshir (au nord de Kaboul) et dans la partie tadjike de la population qui représente environ un cinquième des quelque 30 millions d'afghans, beaucoup se souviennent aussi du chef de faction qui après la chute des communistes a participé à la guerre civile sanglante, qui a duré 4 ans, détruit la moitié de Kaboul et coûté la vie à 50.000 à 80.000 personnes dans la capitale et ses environs. Les opinions sont donc parfois très éloignées de l'admiration généralisée qui est vouée au charismatique Massoud en occident et peut-être particulièrement en France. J'ai retrouvé des commentaires recueillis par Emmanuel Duparcq, le correspondant de l'AFP à Kaboul jusqu'en mars de cette année. "Massoud n'était rien de plus que le chef d'une de ces factions qui pillaient pour le pouvoir. Il symbolise cette époque qui a détruit le pays et que les Afghans veulent oublier", déclarait alors Ahmed Joyenda, directeur de la Fondation pour la société civile, une ONG qui promeut l'éducation à Kaboul.
"Il a participé à la guerre civile et à la destruction de Kaboul. Il était haï des Pachtounes et des Hazaras", note un de ses anciens camarades de classe au lycée français Esteqlal de Kaboul.
Pour cet ancien camarade de classe, "Massoud était un grand combattant pour le Panshir, mais pas un héros pour l'Afghanistan". Il m'est impossible de savoir si c'est là l'opinion de la majorité, mais le fait est que la guerre civile a laissé des blessures profondes, qui ont terni les exploits plus glorieux. Un de mes collègues de travail, qui est resté à Kaboul depuis sa naissance, me racontait récemment que cela avait été la pire période de sa vie. Il est vrai que Kaboul avait été épargné par la guerre contre l'Armée rouge. Mais Waheed se souvient encore trop bien des check-points des divers seigneurs de la guerre qui quadrillaient la ville, des arrestations arbitraires, des bombardements quotidiens, des privations.... Il ne faut pas oublier que l'arrivée des talibans a été vécue d'abord comme un soulagement pas la population kabouli. Ensuite évidemment les choses ont empiré mais jamais elles n'ont été aussi terribles que de 1992 à 1996, m'a aussi confié Waheed.








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