J'ai eu la chance de passer une journée avec les nouvelles recrues de l'armée afghane, la semaine dernière. La visite était organisée par les Américains, qui prennent en charge l'entraînement de base des troupes, et ce sont eux aussi qui payent la solde. Donc nous voilà au Kabul Military Training Center. Toutes les recrues de l'armée afghane passent par là pour environ 6 semaines d'entraînement de base et ensuite quelques semaines de spécialisation. En général pour le piou piou de base ça s'arrête-là et s'il est versé à l'un des corps d'armée de l'est ou du sud en gros il va à la guerre. Tous les soldats que j'ai pu interviewer ont eu un seul reproche: la paie est insuffisante. Un sergent touche 120 dollars par mois et un simple soldat 70 dollars ou environ 3.500 afghanis. Les 5 ou 6 interviewés sont tous soutien de famille et ont à leur charge entre 7 et 10 personnes même les plus jeunes qui avaient à peine 18 ans.
Quand le leur demande pourquoi ils se sont engagé (l'armée est professionelle et on signe pour trois ans), tous comme un seul homme m'ont dit "pour servir mon pays et pour aider le gouvernement". Quand j'ai reposé la question en leur demandant de me dire vraiment pourquoi ils s'étaient engagé, la réponse était dans presque tous les cas: "parce qu'il n'y avait pas de boulot de là où ont vient". Un seul a insisté sur le fait qu'il pourrait gagner plus ailleurs mais qu'il voulait servir son pays. Son frère est aussi engagé.
Et puis il y a la nourriture (mais bon ça je n'ai pas vu un seul soldat de n'importe qu'elle nationalité qui ne se plaignait pas de la tambouille): comme les journalistes étaient là (avec les généraux), l'ordinaire avait été amélioré (riz, un peu de viande de mouton mais surtout des os) et une sorte de ratatouille locale. Quand un général s'est approché du groupe que j'interviewais ils ne se sont pas dégonflés et se sont plains auprès de lui comme ils l'avaient fait avec moi.
Quand aux conditions matérielles, si elles peuvent paraître rudimentaires à un occidental gâté comme moi, elles sont souvent une amélioration par rapport à la pauvreté qu'ils connaissent chez eux.
Beaucoup d'espoirs sont placés dans l'ANA pour donner au pays une structure véritablement inter-ethnique et avec un vrai sens de la Nation, dont l'Afghanistan a tellement besoin pour sortir d'une mentalité de guerre qui incite les gens à se saisir de tout ce qu'ils peuvent tant que c'est à portée de main, parce qu'on ne sait jamais de quoi demain sera fait.

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