Aujourd'hui c'est le 11 septembre. Il y a 5 ans je me trouvais à New York, au bureau de l'AFP comme correspondant économique, quand les deux avions se sont jetés contre les tours jumelles du World Trade Center. Avec mon collègue Michel Moutot nous avons envoyé les premières infos sur ce qui allait être la plus grande histoire que nous aurions sans doute jamais à couvrir. Cinq ans plus tard je me trouve en Afghanistan, le pays d'où les attentats ont été commandités et fomentés. Je ne me lancerais pas dans l'évocation de souvenirs personnels qui sont un mélange de frayeur pour des êtres chers qui étaient dans les tours ou simplement en ville. C'est bizarre d'être ici aujourd'hui et de repenser à ce que j'ai vécu là-bas. J'avoue que quand Bush a annoncé l'invasion de l'Afghanistan, je n'ai pas cillé et j'ai peut-être même applaudi. Ce n'est pas rationnel, c'est que j'ai pris ces attaques très personellement. Les hommes d'Al Qaïda ont en se précipitant sur les tours failli assassiner une femme qui me reste chère et qui aujourd'hui encore est forcée de quitter New York pour le jour anniversaire. En me penchant sur l'effet de l'invasion je me dis que j'ai eu raison d'applaudir, mais que malheureusement toute l'opération n'a pas eu les résultats escomptés. La communauté internationale s'est engagée en Afghanistan mais je ne pense pas qu'elle l'ait fait pour le pays lui-même mais plus pour se protéger contre les terroristes qui y trouvaient refuge. C'est donc à coup de demi-mesures qu'on est venu là. Pas assez de troupes, pas assez d'argent, pas assez de volonté politique pour véritablement construire le pays et pour être tout à fait honnête une contre-partie afghane qui ne semnble pas toujours avoir l'intérêt du pays comme priorité. Ce n'est pas étonnant que les talibans puissent de nouveau se battrent dans le sud et que le pays après une euphorie démocratique semble de nouveau sur la mauvaise pente. Il n'est pas seulement miné par la rébellion mais par tous les autres problèmes qui n'ont pas été réglés (corruption à tous les niveaux, incompétence à tous les niveaux). Le Sud a été presque livrée à lui-même après la chute du régime taliban. Les rebelles ont simplement réoccupé le terrain, mieux organisés et plus nombreux parce qu'on leur a laissé le temps de le faire. En même temps on peut avec un peu de cynisme dire que l'objectif de la communauté internationale est atteint. Stratégiquement les talibans ne sont pas en mesure de reprendre le pouvoir et les camps d'entraînement d'Al-Qaïda ne peuvent plus s'installer ici. C'est ce que nous (la communauté internationale) voulions, pour le reste les afghans vont sans doute devoir se débrouiller, comme toujours. En maintenant des troupes étrangères ici à un niveau relativement faible (40.000 c'est finalement peu pour un pays de la taille de l'Afghanistan) on peut contrôler la situation. Des progrès bien sûr il y a en a eu (scolarisation, routes, démocratie) mais aujourd'hui tout paraît tellement fragile et le pessimisme est de mise.
Oui, on est toujours desarçonné - et admiratif- devant ces billets si vivants et humains dans un contexte si dur.
Rédigé par: onlyinsanfrancisco | 12 septembre 2006 à 21:41
Trentenaire française installée dans les coins de Boston depuis 10 mois. Journaliste presse écrite technique, vivant avec deux enfants, un mari, zéro télé. Juste la radio. Ce matin, dans les news spéciales 11 septembre, entendu une présentatrice dire "et maintenant que la situation est redevenue équilibrée en Afghanistan, quel y est le rôle des américains?"..............
Merci pour ce blog, cette tranche de vie réelle et instructive partagée avec tous les internautes intéressés. Parmi mes favorites depuis quelques mois !
Bonne suite, continuez !
Laurence
Rédigé par: Laurence | 12 septembre 2006 à 04:44
C'était il y a 5 ans, j'en avais 16. J'étais à New-York, pas trés loin de toi. Je crois que j'ai grandi ce jour là...
Rédigé par: agathe | 11 septembre 2006 à 21:12
Bonjour Christophe,
Vos quatre derniers billets, en particulier, sont très "parlant" sur ce qu'il faut d'humanité, de compétences et de recul professionnel pour, avec et au-delà de sa propre perception, donner à réfléchir, un peu comprendre subjectivement, et continuer à s'informer.
Merci.
Rédigé par: jeanne | 11 septembre 2006 à 11:02
Un autre point de vue sur les attentats :
http://reopen911.online.fr/?page_id=56
Rédigé par: Magalie | 11 septembre 2006 à 10:33